dimanche 16 mai 2010

Herbes et cerisiers


A Chapitre Nature, au Blanc,
écouté la lecture de Sylvie Durbec, sur fond de harpe gracile défiant le brouhaha du salon.
acheté l' Encyclopédie poétique et raisonnée des herbes, de Denise Le Dantec, car l'ouvrant au hasard de ses quelques huit cents pages, je suis tombé sur une citation de Gustave Roud, suivie d'un extrait de Philippe Jaccottet, et que j'aime que la science et la poésie accordent leur marche et s'éclairent l'une l'autre

Extrait de PRENDRE place, une écriture de Brenne (éditions Collodion):

JEUNES MORTS

On a scié le tronc des cerisiers
en fleurs de leur premier printemps
Le pré est jonché de jeunes allongés
dont personne ne mangera les fruits

Sur le chemin des morts couchés
ce matin a fleuri l'églantier
On s'étonne de tant de beauté
et voilà la mort qui passe au pré

Ces troncs décapités encore adolescents
disent mieux que des mots savants
ce qui est à l'oeuvre dans le paysage
et le plus souvent l'oeil ne m'aperçoit pas
ce qui est à l'oeuvre et tue et ruine

Ce n'est pas le vent qui les a couchés net
ni le froid ni la neige
pas le vent coulé glacé sur la plaine
comme un assassin de l'amour
non
c'est la main infatigable des vivants